PRADEL Benjamin

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Benjamin Pradel est diplômé de l’IEP Grenoble (2004), de l’Institut Français d’Urbanisme (2005) et docteur en sociologie urbaine (2010). Après 9 ans passés dans la recherche publique, il est aujourd’hui consultant-chercheur en mobilités et études urbaines. Entre recherche et action, il développe une activité de sociologue conseil appuyé sur une expertise en mobilités durables (périurbaines, piétonnes, électriques, collaboratives), maîtrise d’usages (espace, objets, dispositifs techniques) et innovation dans la fabrique de l’urbain (espaces publics, coproduction, chrono-urbanisme, maîtrise d’usage), habitat et territoires (pratiques d’habiter, image identitaire, cohésion, échelles d’action, tourisme).

A la croisée de la sociologie, l’urbanisme et la géographie, son approche par les rythmes, lui permet de saisir les changements et les permanences dans l’évolution des modes de vie et des territoires. Auteur de plusieurs écrits scientifiques, il a participé à de nombreuses conférences et projets de recherche-action.

=> Il met ses compétences au service des entreprises, institutions et collectivités dans la production d’études et de recherches thématiques à portée scientifique et techniques.

=> Il intègre les équipes d’AMO en projets urbains (concertation/participation, maîtrise d’usage, diagnostic socio-spatial, analyse des mobilités, jeux d’acteurs, développement territorial...) pour y apporter expertise de terrain, recommandations opérationnelles et prospectives (APS, APD).

=> Il dispense des conférences, formations professionnelles et cours à la demande avec plus de 500h d’expérience pédagogique.

=> Il propose une offre de "sociologue conseil" pour accompagner entreprises et collectivités sur leurs projets et marchés, travaillant le sens des orientations, mots et actions concrètes.

Il s’appuie sur des méthodes de recueil et d’analyses concrètes (entretien, observation, présence prolongée, participation) nourries de connaissances théoriques et d’une veille opérationnelle permettant de mieux comprendre pour mieux relever les enjeux autant spatiaux, sociaux qu’environnementaux du développement des territoires de la ville de demain.


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Les usages du garage

Posté par PRADEL Benjamin • 23 janvier

Le garage privé de particulier est un objet méconnu. Il échappe aux statistiques du logement. Il est peu abordé par la recherche sur l’habitat. Il reste le parent pauvre de l’architecture, dédié par définition à abriter des véhicules. Pourtant, l’évolution des mobilités, des modes de vie et des modes d’habiter questionnent la conception, l’aménagement et la fonction de cette pièce.

Depuis prêt de 2 ans, en tant que sociologue indépendant, je travaille sur un projet de recherche avec Leroy Merlin Source portant sur les usages des garages des particuliers. L’objectif de cette étude est de pousser les portails et les portes à battants, de prendre les escaliers et les ascenseurs, pour découvrir les usages cachés du garage, les logiques symboliques et pratiques déployées dans l’intimité des ménages. Pièce en plus, pièce ressource, pièce à vivre, pièce hybride, le garage serait devenu une pièce maîtresse du logement qui rejoindrait pleinement l’univers domestique en répondant aux nouveaux besoins des habitants.

Mi-juin, les premières conclusions de ce travail étaient présentées aux 4ème Assises de l’Habitat Leroy Merlin sous forme de conférence et d’un poster. Bientôt, le rapport final.

Méthode : 14 ménages interrogés en résidence collective ou en maison individuelle ont été interrogées à leur domicile par la méthode de l’entretien semi-directif. L’échantillon est constitué de personnes entre 35 et 77 ans en couple, célibataires, divorcées, vivant seules, en couple, avec ou sans enfant, actifs, sans emplois ou retraités, localisées en centre-ville, périphérie, périurbain ou à la campagne.

La rencontre se déroulait en trois temps. Un entretien de 60mn abordait trois thématiques (le garage, la mobilité, le logement) croisées avec l’histoire résidentielle et la vie quotidienne du ménage. Un questionnaire détaillait les caractéristiques du ménage, du logement, des déplacements. Un schéma du garage fait à la main par la personne. La rencontre se prolongeait ensuite par une visite du garage sous forme d’observation orientée par l’interviewé au cours de laquelle plusieurs clichés photographiques ont été effectués. Discours, schéma et observation permettent la comparaison entre le garage représenté et le garage utilisé.

Premiers développements : Le garage est valorisé en tant que potentiel et facilitateur de l’acte d’habiter son logement et son environnement. Le box en résidence conserve sa fonction automobile qui, en facilitant l’organisation du quotidien des ménages, augmente le confort d’habiter en ville. Le garage de maison n’accueille plus la voiture pour augmenter le confort domestique. Il est utilisé en cellier, buanderie, remise, dépôt, cave, local vélo et transformé en tout ou partie en chambre, bureau, atelier, salle d’eau, salle de jeu, studio, etc.

C’est la malléabilité d’usage du garage qui importe pour l’habitant qui y pratique alors de l’aménagement inachevé, du rangement expérimental et des esthétiques alternatives car non soumis aux normes de mise en scène et d’efficacité organisationnelles des pièces vécues en continu.

Adaptable aux besoins, il est une plateforme qui articule des rythmes quotidiens (lessive) et calendaire (vacances) aux rythmes longs des souvenirs (archives), cycles (déménagement) et évolution (chambre) du ménage. Traversé par les rythmes, il est un espace de traverse, intermédiaire, sas de communication entre le logement et l’extérieur, plateforme d’attente pour objets mobiles, lieu d’activité au service du dedans (bricolage) et du dehors (mécanique, jardinage).

Entre potentiel et malléabilité, le garage facilite l’utilisation du logement, l’appropriation de l’environnement et l’adaptation aux changements de la vie domestique.

Hérité du siècle automobile et fonctionnaliste, le garage est devenu un lieu habité. Autrefois séparé du logement, il intègre l’univers domestique par son utilisation en continuité et en complémentarité des pratiques d’habiter l’espace privé, nécessaires à la vie du ménage. Il est la coulisse du quotidien, la plateforme technique du logement tout autant que le lieu replis, l’espace partagé, etc.

Il est un objet hybride investis d’usages habitants qui, en créant du lien entre les contraires, inventent des modes d’habiter nouveaux entre intérieur et extérieur, rythmes courts et longs, ordre et désordre, visible et invisible, isolement des individus et participation au groupe domestique.

Il est la pièce d’une domesticité dynamique, négociée et évolutive reflétant le besoin d’équilibre et d’articulation entre un besoin de stabilité de l’habiter et d’évolution des usages de l’habitat. Entre changement et permanence, le garage reflète la dualité des modes de vie et d’habiter des sociétés modernes.

D’ici Quelques mois, le rapport complet en ligne.

CATÉGORIE Terrain, Sociologie

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